Les lâchers de ballons

A l’heure où l’on parle d’un continent de plastique et d’extinction massive de la biodiversité, est-il encore raisonnable de réaliser ces animations propageant du déchet dans la nature ?

Non, bien évidemment rien ne peut légitimer le fait de créer volontairement une pollution massive lors d’une manifestation qui réaliserait cette activité n’ayant rien d’indispensable. Chaque ballon est un futur déchet.

D’innocents ballons… qui tuent

Et oui hélas, il est utile de rappeler l’évidence : un ballon finit par redescendre ! Entièrement ou fragmenté. Les résidus de ballons représentent bien un risque pour la faune et la vie marine, en plus d’une pollution visuelle. L’exemple de la tortue qui ingurgite le sac plastique provoquant son étouffement est bien connu. Plus proche de nous, les cadavres d’oiseaux trouvés lors de nos opérations de nettoyage attestent également de la dangerosité du lâcher. Imaginez alors les conséquences suite à un lâcher de 20, 200 ou 2000 ballons !

” Puisqu’on vous dit qu’ils sont biodégradables ! “

Le fameux “green-washing”, terme qualifiant le marketing dissimulant la nocivité des produits, trouve ici une très belle mise en illustration de ses méfaits sur les esprits.

C’est vrai, les emballages des ballons affichent fièrement un “100% biodégradable”, agrémenté d’une petite feuille verte pour faire joli. Et puis c’est du “100% latex”, un composant issu d’arbres alors rien de dangereux en apparence. Si. Tout déchet représente un risque pour la faune dès qu’il est abandonné dans l’environnement. Que ce soit pour deux jours, deux mois ou deux années.

Quant au fait de se désagréger dans l’environnement, qu’en est-il réellement ?

  1. Les molécules constituant la matière utilisée se dispersent dans un milieu où elles n’ont pas forcément leur place et son ingérées par les acteurs de la chaîne alimentaire.
  2. Les conditions provoquant la destruction “biodégradable” ne sont réunies que dans certains cas. Il n’est pas rare de retrouver des ballons flottant sur l’océan ou attendant au soleil sur le sable, parce que les conditions de température ou d’humidité qui provoqueraient leur disparition ne sont pas réunies.
  3. Comble du mépris des fabricants et vendeurs de ballons, leur longue durée de présence dans l’environnement est confirmée par les commerçants ! Ils sont les premiers à afficher que “un ballon en latex naturel se décompose approximativement à la même vitesse qu’une feuille de chêne tombée de son arbre”. Derrière des mots parfaitement choisis pour le public, c’est l’aveu déguisé d’une présence étendue sur une longue durée : une feuille d’arbre, d’autant plus de chêne, ne se décompose pas avant plusieurs mois, chacun peut le constater !

La législation

Elle est très paradoxale. D’une part et de façon générale, rien n’interdit de réaliser un lâcher de ballons, seule une déclaration peut s’avérer nécessaire. Mais d’autre part il est très clair que l’article R632-1 du code pénal interdit, entre autres, l’abandon dans la nature de tout objet de quelque nature que ce soit.

Rappelons qu’un lâcher peut être interdit par le maire de la commune qui dispose d’un pouvoir de police en la matière (incendie, tranquillité publique, environnement …). Plusieurs territoires et collectivités de France ont en plus émis des arrêtés afin d’interdire totalement cette pratique.

En résumé, le lâcher est autorisé mais pas sa conséquence qui est pourtant évidente et indissociable ! Donc si l’on suit la logique de la législation existante, un lâcher ne devrait pas avoir lieu.

Au-delà des textes

Le ballon en lui-même représente un danger immédiat de par sa présence dans l’environnement naturel. En plus de cela, c’est aussi le lâcher en lui-même qui est une nuisance pour ce qu’il représente aux yeux du public et, surtout, des plus jeunes : l’abandon d’objets serait donc sans conséquence, autorisé et encouragé !

Ce message très négatif va à l’encontre de toute la pédagogie réalisée depuis des années afin que chacun, jeune et moins jeune, comprenne bien les conséquences de ses actes.

Ne persistons pas dans cette incohérence, refusons d’organiser et de participer à un lâcher de ballons. “C’est pour faire plaisir aux enfants”, “En mémoire de disparus”, “Au profit de la recherche”… Aucun prétexte ne doit permettre de se donner bonne conscience et de causer cette pollution pour son plaisir. Des ballons n’ont jamais fait revenir des personnes décédées ni permis de trouver des remèdes. Quant aux enfants, toute autre activité les amusera autant avec un peu de créativité ! Un jeu d’eau, un parcours d’obstacles, une marche au flambeau, un atelier de construction de cerf-volant…

Davantage d’explications publiées par l’état français
Davantage d’illustrations

Toute l’année nous agissons. Dans l’intérêt commun nous récoltons les déchets présents dans le milieu naturel. Produire et disperser un déchet inutile, c’est aussi un manque de civisme et de solidarité flagrant à l’égard des centaines de bénévoles qui interviennent avec nous sur le terrain.

Agir

Un lâcher est annoncé ? Quelques suggestions pour vous y opposer. Gardez à l’esprit que tous les citoyens ne perçoivent pas encore la nocivité de cette animation bien qu’elle puisse vous paraître évidente.

Vous êtes un citoyen

  1. Refusez d’y participer ou d’y être associé et faites savoir pourquoi.
  2. Contactez les organisateurs. Un modèle de message vous est proposé en cliquant ici. Obtenez une réponse.
  3. Contactez la municipalité.
  4. Relayez et faites relayer l’information à vos connaissances et aux associations locales de protection de l’environnement.

Vous êtes une collectivité

Contactez les organisateurs ou répondez à leur demande d’autorisation. Nous mettons à votre disposition un modèle de message.

Vous pouvez aussi anticiper la survenue de ces demandes avec une information globale à l’attention des associations présentes sur votre territoire voire des entreprises susceptibles d’organiser un lâcher. Voici un exemple de communication.

Si l’appel à l’intelligence collective ne suffit pas pour obtenir la promesse de l’annulation de l’activité (à contrôler sur place le jour de l’évènement bien entendu), contactez-nous. Nous vous aiderons en vous proposant d’autres actions à mener, très dissuasives et qui ont déjà fait leurs preuves auprès des organisateurs les plus récalcitrants voulant absolument causer une pollution volontaire.